• biographie/biography

• accueil/home

• papier/paper



• réalité/reality ( )

• bureau visuel
/visual office

• objet/object
(in situ)



• discographie/discography

• press (music)

• sporadique/sporadic

pierre gerard
né en 1966 (belgique), vit et travaille à liège.
born in 1966 (belgium), lives and works in liège, belgium.
www.pierregerard.eu

contact : maiso-med[at]mail.be

in situ : tout est paysage

miroirs#2, parc d'enghien, avenue elisabeth, 7850 enghien du 08 au 23/09 2018

(..)

Mikado Kubrickien

C'est l'idée de paysage qui assure la cohérence de la biennale. On le sait depuis Jean Dubufet : 'Tout est paysage'. Le risque était donc celui d'un parcours fourre-tout, d'une thématique prétexte. Il n'en est rien. Chaque plasticien dialogue avec un édifice du parc. Ce que l'on retient? Certainement Griet Dobbels, qui présente On the beach dans l'époustouflant pavillon chinois. L'oeuvre consiste en une sculpture composée de papier steinbach et de colle. Celle-ci compose un paysage montagneux totalement fascinant au milieu duquel se trouve une sorte de 'trou sans fond', selon le terme de l'intéressée. Utopie et dystopie sont totalement liées au sein de cette oeuvre ayant nécessité un assemblage digne d'un moine bénédictin. Bien sûr, le résultat intérroge la question de la 'valeur', qui ne serait pas la même si la pièce avait été réalisée par une machine. Un point que le spectateur lambda ignore. Au rayon des interventions remarquables, on pointe aussi le travail de Frederic Fourdinier. Le français investi le sous-sol des écuries à la faveur d'une cartographie qui mêle territoire proche -celui dont l'homme est la mesure- et territoire lointain -celui du 'multivers', cette idée d'une infinité de mondes. Enfin, le liègeois Pierre Gerard signe une magnétique installation à base de 250 lattes de bois. Cette sculpture-partition comme en lévitation crée un choc visuel, un mikado kubrickien étourdissant. Celui-ci se dresse du côté du pavillon des sept étoiles, une construction baroque qui livre une photographie du ciel tel que l'on se le représentait en 1650.

extrait de : Michel Verlinden focus vif 06.09.2018

 

La biennale connecte à merveille l'art, le patrimoine bâti, la nature boisée et le parc dessiné par l'homme.

Les biennales se multiplient à l'envi mais ne se ressemblent pas toutes. Il y a des mégamanifestations aux allures de plus en plus commerciales, les prétextes à des animations artistiques et de temps en temps on rencontre un petit bijou animé par la passion éclairée. C'est le cas de la seconde édition de la biennale du parc d'Enghien, Miroirs, dont la thématique parfaitement adaptée au lieu est tout est paysage. Une proposition qui correspond au site naturel et patrimonial absolument à découvrir tant il est un équilibre rare entre architecture ancienne préservée, parc adroitement ordonné avec plans d'eau et ses espaces plus sauvages. Et aussi une proposition ouverte pour les artistes qui ne se sont pas privés du loisir d'implanter leurs oeuvres réalisées ou
adaptées pour la circonstance, dans les bâtiments, dans les allées ou les étangs, voire dans le bois. Le parcours découverte de l'ensemble est un enchantement qui demande de prendre son temps afin de profiter au maximum de cette fusion dont la justesse sert, et l'art actuel, et les richesses patrimoniales. Sans ostentation, avec fine sensibilité.

Cohabitation naturelle

Le paysage est l'une des plus anciennes et des plus permanentes thématiques artistiques. La voici qu'elle s'invite à s'intégrer de manière active dans le sujet lui-même et à faire corps avec lui lorsque Sophie Whettnall trace une ligne mouvante , brisée, lumineuse comme l'or au soleil, dans un des étangs, ou
que Lionel Estève, dans une intervention pleinement poétique, légère, fragile et délicate, laisse planer au gré du vent une plume d'oiseau entre les arbres.
Ou encore lorsque Maxence Mathieu dissimule en forêt un dessin d'enfance ou sollicite l'effet miroir d'une pièce d'eau afin de lire une écriture inversée. Toutes ces oeuvres cohabitent intimement avec la nature dont le peintre Jean-Marie Bytebier livre une vision à la fois romantique et pleine de mystère.

Rencontres surprenantes

La même complicité agit dans les oeuvres incluses dans les bâtisses patrimoniales. Pierre Gerard, par une construction de bois, multiplient les axes du pavillon des 7étoiles auquel Frédéric Fourdinier offre des prolongements potentiellement cosmiques dans les écuries où Void invite à parcourir uneévocation d'un paysage d'orgues balsamiques et où, pour peu que l'on rejoigne le souterrain, Pierre-Philippe Hofmann nous conte en images et en statistiques, un incroyable parcours pédestre en Suisse. En fait, rien n'est à manquer dans cette déambulation aux rencontres toujours surprenantes, ni les bois dorés de Laurette Altrux-Tallau, ni les vidéos de Bernard Gigounon transformant le réel en visions émerveillées, ni les réalisations d'images
chromatiques de Michel Mazzoni, ni les incroyables montagnes de papier de Griet Dobbels qui, le soir du vernissage, a invité à participer à une performance visant à tracer une ligne droite dans l'espace. Une totale réussite dont il faut absolument profiter.

Claude Lorent : semaine du 12 au 18 septembre 2018, arts libre

 

Les peintures de Pierre Gérard appellent qu'on s'approche. De petits formats, elles ont une sorte d'étrange modestie qui demande à ce qu'on y aille, cueillir quelque chose. Les couleurs ne sont pas vives - les dernières peintures sont d'ailleurs exclusivement composées avec des déclinaisons de gris. Ce qu'on y voit relève de la plus grande banalité : des objets simples, des sujets simples. Un revolver, une baignoire, un pot en verre, une voiture en feu, un jeune garçon assis au bord de la mer, un autre debout dans le métro, un autre encore, torse nu et barbe, qui nous regarde. Mais tout nous regarde. De 1995, date de "nature morte" (le revolver), jusqu'à 2012, date de "parallélépipède (image volée)" (le jeune homme face à nous), et celles qui viennent ensuite, ces images nous regardent. C'est sans doute en cela qu'elles demandent de la proximité, qu'elles ont ce magnétisme presque paradoxal d'être humbles et terriblement, littéralement, attirantes. Attirantes ne veut pas du tout dire séduisantes. On pourrait plutôt dire qu'elles sont captivantes. Qu'elles piègent le regard, l'intriguent et l'attirent à elles comme un satellite. Il faut dire que leur nature de peinture est admirablement bien dissimulée, de loin, sous une apparence de premier abord qui donne à ces œuvres faites de main d'homme, l'apparence d'images en tout point photographiques. De loin, le réalisme est saisissant. Un léger tremblement, un indéterminé, donne pourtant à ces images tellement vraisemblables, un aspect d'horizon. On ne sait pas très bien ce qu'on voit et donc, réflexe du chasseur, on avance plus près, tout naturellement, pour comprendre, capturer. C'est alors que la peinture revient, de plus en plus, de plus en plus près, jusqu'à avoir envie de regarder le tableau à la loupe. Et c'est comme si l'image naissait une seconde fois sous nos yeux. La peinture à l'huile, connue de l'histoire comme la technique dernière, appréciée pour sa matérialité et l'infinité des teintes, des chaleurs et des nuances qu'elle offre, cette peinture-maître est ici disposée sur des plaques de carton gris, support modeste là encore, comme l'est l'utilisation de l'huile. Économe dans les rendus de matières quasiment inexistants, dans le choix de sa palette de teintes ternes et profondes comme la vie, dans les aplats qui ne sont là que pour renforcer le trait et la forme, Pierre Gérard utilise la peinture à l'huile comme un crayon. Depuis ses peintures des années 90, jusqu'à aujourd'hui, on assiste à la lente érosion de l'inutile et du superflu, au regard de l'objectif du peintre et de son mouvement dans le temps et l'époque. Car l'époque n'est pas pour rien dans l'évolution du travail pictural de Pierre Gérard. La série des « (images volées) » reflètent une subjectivité qui passe dorénavant par une autre introspection, celle que nous offrent le cinéma, la photographie, internet même...

C'est en cela que le travail actuel de Pierre Gérard est au plus juste : avec rien ou quasiment, il réactualise le piège des images d'aujourd'hui pour mieux, lorsqu'on est trop près que pour avoir la force de tourner le dos, nous forcer à regarder des peintures qui ne sont pas faites de la même matière que nous, qui nous tiennent à distance de leur substance même après nous avoir fait croire qu'elles ressemblaient à tout ce qu'on connaît. Au plus proche on se trouve au plus loin. D'attirés, on est poussés ensuite au dehors de la figuration ; éjectés littéralement de la scène visuelle qui a été peinte, si patiemment, si rigoureusement, si précisément ; renvoyés à notre chair et à sa nature mortelle, là où la peinture et son disegno, se mettent à exister pour l'éternité, à distance de la corruption et de la vitesse.


Anne-Françoise Lesuisse (mai 2015 _ images volées 251 nord)

 

Et alors on en viendra à suivre pas à pas ces pierres blanches semées sur le chemin, et à retrouver ce qui fait l’essence de son art à savoir : une attention pour ce qui se trouve derrière nos yeux, au dedans des choses, dans notre dos ; une atmosphère, un air capté inimitable ; un regard porté sur ce qui nous entoure et que nous dédaignons volontairement ou involontairement, sur tout cela qui est autour de nous et que nous délaissons parce que la vie actuelle dans sa frénésie focalise notre attention sur d’autres points de fuite, au lieu justement de nous laisser observer ce qui est là, ce qui est éternel parce que cela se trouve au fond, cela y repose, dans un absolu abandon.

extrait de : Le cap de Bonne-Espérance par Louis Annecourt, 2015

http://flux-news.be/?p=1191

 

biopsies sociales de pierre gerard par Eugène Savitzkaya (flux news, 2014)

http://flux-news.be/?p=463

 

 

As soon as visitors walked into the former warehouse that the art center Les Brasseurs calls home, they were faced with an array of objects, from an installation of tables topped with various elements to an abstract wood and cardboard sculpture fastened to a wall; from a slide projection to a display of short videos playing simultaneously on small monitors. The pieces did not have clear-cut boundaries, nor did they have individual titles. The vocabulary developed in Pierre Gerard's exhibition "Au mauvais endroit, au mauvais moment, où encore" (In the Wrong Place, at the Wrong Time, Where Next) was that of "total installation", that is, of an exhibition conceived in its entirety as a single, vast work.

One noticed, too, how much of the work was drawn from the building's myriad details; from its luminosity, its decrepit walls, its spatial configuration. This site-specificity was perfectly illustrated by two astounding sculptures created from seemingly insignificant elements belonging to the building: a simple radiator, situated on the third floor, and a round window along one of the walls of the top floor. The artist had crowned the radiator with a small shelf made from a metal bar and two clamps, arranging silver foil along its surface. On top of this makeshift construction was placed a rough piece of wood board, flanked by pieces of cut out paper, creating a kind of unusual monument. As for the round window, he covered it with plastic gels of various shapes, colors, and opacities, creating a kind of rose window both basic and beautiful.

Even those sculptures that didn't explicitly draw on the site adhered to the same principle of interacting with aspects of a given, immediate environment. They were in fact assemblages composed of various industrially produced objects: plastic corks, rolls of paper, glass plates and bowls, cardboard packaging, plywood, polyurethane foam, and so on. These materials from daily life were juxtaposed in strange assemblages that seemed to thrive on some mysterious internal logic.

At times, these assemblages resemble architectural models, at times prototypes of utilitarian objects from the future whose use one can only guess. This is what makes Gerard's work so original. Clearly, these pieces trigger questions about the function we assign to objects, both when they are designed and later on, when we recognize them in terms of their use. And in considering the function of objects, we naturally reflect on their linguistic and semantic dimension, that is, the names we give them. Gerard is therefore tacitly inviting us to a kind of cognitive experience: one that involves diving into a state of doubt, a questioning of what we see and especially of what we have learned about it. Like the artist, we set out on a quest for a sort of primitive perception, the kind we must have had at the beginning of life, and whose memory we hold so preciously within us.

Yoann Van Parys

Translated from French by Molly Stevens.
COPYRIGHT 2008 Artforum International Magazine, Inc.

 

... - « Au mauvais endroit au mauvais moment, où encore », titre sibyllin, énigmatique à souhait et réunissant le tout, ajoute une touche subtile au halo de mystère dont Pierre Gérard ne déteste pas s'entourer.
Alchimiste ? Magicien ? Illusionniste ?
La lecture du texte rédigé par l'artiste et publié dans le petit journal qui accompagne son exposition compliquera sans doute encore le jeu des définitions et discréditera d'ailleurs définitivement sa réelle opportunité !
Dans cette complainte contemporaine, aux images abruptes renvoyant à des réalités qui se télescopent, Pierre Gérard  jette sur le papier des mots qui s'entrechoquent, ils disent la pauvreté, la rue, l'usure, la fatigue : « ne plus être » - « l'ombre » - « sous la crasse le calque de nous-même » - « tout au bord » - « vers le vide ». ...

... Son œuvre serait-elle donc une parabole ? et son action artistique, une tentative pudique de dénoncer les clivages inacceptables, des frontières sociales aux dérives consuméristes en passant par les critères du « bon goût », les diktats du monde de l'art, ce qui est « out », ce qui est « in ».
...

extrait du texte de : Dominique MATHIEU (publié dans le journal qui accompagne l'exposition : « Au mauvais endroit au mauvais moment, où encore », 2008)

 

 

... Evoquer la création de Pierre Gérard revient à être confronté à toute une série d'obstacles linguistiques et c'est bon signe. En effet, ce travail invite ou contraint à un exercice de langage. Plus qu'un autre sans doute, il appelle ou requiert un mode d'expression qui lui serait propre.

De fait, il apparaît qu'on ne peut dire en quoi consiste ce qu'il réalise, s'agissant d'une production qui n'a rien de programmatique ni de synthétique. Ne vient pas à l'esprit une idée directrice, un concept qui serait souligné tout au long de son oeuvre. Ou pas intentionnellement, pas au premier abord.

La création de cet artiste s'exprime indistinctement en peinture, en sculpture, en photographie, en vidéo, et même en musique. Elle ne s'arrête pas à un médium, et semble d'ailleurs tirer son identité de cette dispersion, d'une propension à posséder plusieurs formes, voire même aucune forme. Aucune forme en ce sens qu'il s'agit apparemment d'un travail qui demeure en un état prolongé d'expérience. Non pas qu'à ce titre il resterait continûment inabouti mais plutôt qu'il ferait un avantage majeur de son caractère naissant, des cent paramètres encore susceptibles, dans les premiers temps, de définir sa nature. A ce moment-là, tout bouillonne, tout est possible.

Et si ce travail se trouve dans cet état prolongé de naissance, rien de plus logique qu'il n'offre pas de prises au langage, qu'il en demande un en propre ainsi que nous le remarquions d'entrée de jeu : au demeurant ce qui vient au monde est dénué de nom.

Pierre Gérard nous convie donc à une certaine forme d'expérience cognitive : ici elle consiste précisément à faire, à sa suite, l'expérience du passage de la perception à la distinction. Une forme d'expérience phénoménologique qu'on le voit d'ailleurs effectuer en aveugle, ou plutôt à l'instinct, réceptif qu'il se montre à tout avènement d'évènement (ou même au non évènement).

Si son œuvre se met d'elle-même en mouvement, si elle acquiert ses caractéristiques suite à de muettes impulsions, cette faculté à demeurer en éveil, à se surprendre du visible, celle-là, il l'affûte, la cultive. Il avoue ainsi chercher à aller vers ce qu'il ne comprend pas. ...

extrait de: Louis Annecourt (mai 2008 "Aussitôt dit, aussitôt fait" Artenews)

 

Plus que la variété des modes d’expression mis en œuvre, c’est le développement logique dont son travail est l’objet qui est remarquable. Car si elle annonce un renouvellement constant des méthodes, des supports et des motifs, son entreprise a ceci de stable que toujours elle recherche le décalage du regard. En quête
d’un basculement de sens, l’artiste cherche à perturber la vision réflexe du spectateur à travers le jeu des apparences et de l’analogie afin de rendre « ce qui méconnaissable encore plus méconnaissable tout en reconnaissant l’objet »

extrait de : pierre gerard, acrobate de la réalité quotidienne par Julie Bawin

art même, n°29, 2005, page 21

http://orbi.ulg.ac.be/bitstream/2268/30276/1/Art même Pierre Gérard.pdf

 

Parce que même si, en tant que regardeur, on avait pris l'habitude justement, depuis quelques années, d'appréhender le travail de Pierre Gérard selon quelques préceptes devenus idées reçues (décalage, modification du regard, détournement d'objet), on a aussi appris à faire attention de ne pas se reposer sur nos lauriers ! Parce qu'à chaque exposition, c'est de surprise en surprise que l'on va. De frontière en frontière, Pierre Gérard continue de nous promener vers de nouvelles contrées et cette fois il nous propose d'explorer nos propres territoires ainsi que les siens.

«  Elles ne montrent jamais ce qu'on a vu … », tel est le constat formulé par l'acteur Rüdiger Vogler, à propos de ses prises photographiques, dans le film Alice dans les villes (Wim Wenders, 1973). Après chaque capture d'image, avec son appareil polaroid, le personnage établit le triste bilan du décalage entre la réalité telle qu'il l'a perçue et son enregistrement.

Chez Pierre Gérard, le point de divergence (et d'étonnement) est à rapprocher de celui constaté chez Wenders. Il y a, entre l'objet, que nous connaissons, et son utilisation, dans le travail de l'artiste, un monde dont les frontières sont parfois si étroites qu'on ne distingue pas toujours le moment exact où on les franchit et pourtant l'on saisit singulièrement le décalage. On le sait, l'artiste aime à jouer de cette idée de frontière, de ces lisières à approcher subtilement afin d'en percevoir toutes les nuances.

extrait de : Sophie Bodarwé (2005 "ce qui nous marque" _Flux News _n°39)

 

 

AUTOPSIE D'UN REEL SINGULIER

Il est de ces démarches qui opèrent sur le mode de la sédimentation. De celles qui, au gré des images et des résidus qu'elles charient et recyclent agissent de manière décantatoire. Ainsi en va-t-il de la production de Pierre Gerard qui, depuis les premiers tableautins à l'huile sur carton, sortes de saisies picturales par filtrage photographique ou filmique de bribes de réalité, ne cesse d'élargir son répertoire langagier pour mieux en dégager le propos.
Les divers médias utilisés par l'artiste, qu'ils soient huiles, objets sous vitrine, photographies, vidéos, pièces musicales, tissent entre eux des rapports complémentaires en ce qu'ils concourrent à l'approche conjointe du sujet ainsi placé en perspective ou en situation de rebond.

(..)

Que l'on ne s'y trompe toutefois pas, si un peu de l'esprit dada ou des 'cadavre exquis' plane sur ces intitulés et point en ces objets trouvés et recomposés, la démarche de Pierre Gerard se pose avant tout comme une tentative éminement actuelle en son approche plurimédias, poétique en sa résolution, de redéfinition de l'image à l'aune d'un virtuel spectaculaire.
Habitacle mouvant et vacillant de l'indicible pulsion de vie, de son énigme, de son irréductible singularité et de sa charge partagée, l'image chez Pierre Gerard se prête à toutes les contorsions d'usage. Hybridation, ellipse, polysémie, court-circuitage poétique, elle se joue littéralement de son apparition.

(..)

Ecart, basculement, dérobade, l'intervalle investit dans la démarche du peintre une part singulière. Ainsi, fait-il particulièrement sens en ces huiles sur carton dont le temps d'excécution (minutieuse) semble résister à la saisie photographique ou filmique de l'image. Celle-ci, doublement formulée, captée en sa fugace émergence visuelle et traduite en une lente incorporation picturale, glisse littéralement entre deux espaces/temps, se donnant à lire au-delà des apparences, telle une énigme à jamais résolue.
Articulée au départ d'éléments prélevés d'un réel familier, mais soustraits à leur sens commun, hybrides et polysémiques, l'oeuvre de Gerard trame un univers instable et inconfortable, clinique et organique, sexué, tangible et insaisissable tout à la fois, qui, en perpétuels renvois, questionne l'image en ses potentialités à sonder la part indicible des choses.

extrait de : Christine Jamart (2002 autopsie d'un réel singulier, l'art même n°14; exposition: la pelle à linge neige, galerie Nadja Vilenne (be)

 

pierre gerard's work evades all who imagine that they can grasp it. our purpose here is not therefore to explain the whys of such-and-such an object, the raison d'être of a line or the intention of whatever association. his interventions ensure that the tools and instruments for research are provided.
when he paints, his objects fall into place with unfailing definiteness. but the precise detail of the representations is paradoxically far from comforting. it makes his images into spaces which give way beneath our feet, to leave but a few, rare certitudes. strange, organic shapes develop alongside more familiar objects. on closer inspection, they are almost everyday, apparently having been concealed somewhere within us. it would be just as likely for us to encounter them in our dreams as in our moments of perceptiveness.
his universe is driven by the pleasure of building discomfort whilst at the same time offering a central place to poetry. a poetry in its primary sense, but also in the etymological sense of the term: "to make". for this is what it truly is, pierre gerard endlessly constructs a world in which confusion goes hand in hand with certainty.

Christophe Veys (2001 "instants fragiles"_Les Témoins Oculistes_)

 

...Pierre Gérard procède par associations mentales; le champ du mystère réside dans les intervalles que, sans doute il laisse à dessein, intuitivement, bien entretenus. Chaque œuvre , chaque intervention complexifie un processus où chaque figure se transmute en signe autonome. Sous vide, les choses s'abstraient d'elles-mêmes, en autant de saisissants raccourcis d'une pensée non dévoilée. Le sens, décidément, ne semble jamais être là où on le pense. Il est vrai que le mystère ne doit pas son importance parce qu'il est invisible, mais parce qu'il est nécessaire absolument...

extrait de: Jean-Michel Botquin (2001"troublant" _cependant _n°1)

 

L'idée de collection jalonne son travail par juxtaposition qu'il fait régulièrement d'oeuvres singulières, les enrichissant ainsi mutuellement de sens divers, comme s'il s'agissait de nuancer son propos, de le classifier, de s'arroger le rôle d'un particulier entomologiste du réel. Celle de l'apparence et de la simulation est tout aussi d'à propos, bien que fort lointaine de ce que véhicule ceux qui revendique ce Simulationnisme. Il n'est pas question ici de feindre ou de contrefaire, mais bien d'aménager des objets, de leur ôter le sens commun, à titre d'expérience du visible.

extrait de : Jean-Michel Botquin (1999 "TROUBLES" à propos de Pierre Gerard, lorsqu'un écureuil éthéré respire vite)